Réseau sur le stockage électrochimique de l'énergie,
centre de recherche sur les batteries et supercondensateurs

MESC+ : L'enseignement plus fort que la pandémie

MESC+ : L'enseignement plus fort que la pandémie

Cet article a été repris du site de La Recherche et a été écrit par Victoria Milhomme. L'article original est paru le 31 mars 2020 dans le cadre d'un dossier spécial intitulé : "Pandémie du COVID-19 : Quelles conséquences pour la recherche scientifique". Patrice Simon, ici interrogé, est directeur adjoint du RS2E.

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Patrice SimonLe SARS-CoV-2 n'empêchera pas le chimiste Patrice Simon d'apprendre à ses étudiants comment stocker et convertir de l'énergie.

Mercredi 18 mars 2020, première journée entière de confinement pour lutter contre l'épidémie de Covid-19. L'université Toulouse III – Paul Sabatier a fermé. Le laboratoire de recherche de Patrice Simon, professeur en sciences des matériaux au centre interuniversitaire de recherche et d’ingénierie des matériaux (CIRIMATCNRS/Toulouse INP/UT3 Paul Sabatier), est à l'arrêt. En temps normal, il travaille sur le stockage électrochimique de l'énergie - les batteries.

« Tout est mort, arrêté. Tout a été coupé lundi 16 mars. Nous nous en doutions depuis le jeudi soir précédent. Nous avons compris la situation et donc anticipé. Rien n'a été perdu, nous avons eu le temps de ranger le labo, mettre au placard ce qui devait l'être. Les manips sont reportées, raconte Patrice Simon. Nous avons la chance de ne pas en avoir qui durent très longtemps, comme par exemple chez Airbus, où certains travaux sur des batteries longue durée sont en cours depuis 18 ans ! Dans ces cas-là, il faut maintenir un minimum de personnes en charge de la sécurité. Je pense aussi aux manips sur les très grands instruments qui sont planifiées des mois à l'avance. Le quotidien de ces physiciens est beaucoup plus perturbé que le nôtre. Mais nos manips semblent dérisoires au regard de la situation. Les enjeux sont tellement lourds… »

Le chercheur reconnaît tout de même quelques difficultés : « Je suis enseignant-chercheur, j'ai un statut particulier dans lequel je fais beaucoup de recherche et peu d'enseignement. Mais là, c'est compliqué. Côté recherche, le plus excitant est arrêté. Nous avons encore du travail pour deux semaines, mais nous allons manquer de données à traiter dans un futur proche. » L’isolement est aussi un handicap, selon lui : « Cela arrive d'être malade, de travailler pendant deux jours en restant à la maison. Mais nous restons alimentés par l'extérieur, par les autres. La recherche, c'est des interactions, des échanges, des discussions. C'est une ouverture vers l'autre. C'est compliqué d'échanger par email, de ne pas se voir, ne pas discuter… »

« Un côté plus positif, c’est que cela permet de rattraper le retard, nuance-t-il. Nous avons le temps de lire la littérature scientifique récente. D'écrire des articles sur nos recherches. De corriger des thèses. C'est moins excitant si nous n'avons pas de résultats qui tombent mais, encore une fois, l'enjeu derrière est tellement conséquent qu'il faut relativiser. Je pense à tous ces gens, personnel soignant et autres, qui sont au feu. C'est vraiment très étrange de se retrouver chez soi confiné en travaillant. On se demande, à quoi on sert ? Pourtant nous explorons l'inconnu dans notre métier, qui demande d'être à la frontière des connaissances. Nous apprécions ce type d'incertitude. La situation actuelle est différente : extraordinaire, au sens étymologique du terme. »

La recherche sur les batteries est mise entre parenthèse le temps du confinement, mais l'enseignement doit se poursuivre. « Je m'occupe d'un master Erasmus Mundus - Matériaux pour le stockage et la conversion de l'énergie - qui commençait ce semestre à Toulouse. Il a débuté le 5 février dernier, avec des étudiants qui étaient venus du monde entier, explique Patrice Simon. Il faut que j'organise les cours en ligne. Tout est pris d'assaut sur Internet, pas facile d'avoir une bonne connexion. C'est beaucoup de travail : quand vous êtes connecté avec une classe de trente, il faut que personne ne parle. Cela demande beaucoup de discipline. J'ai téléchargé vers un serveur en ligne tous les cours, toutes les slides. J'essaye qu'il y ait au moins un accès audio pour donner des explications. Il faut aider les jeunes à continuer de travailler. Je vais donc me concentrer sur l'enseignement, même s'il est grandement complexifié. »

« Nous allons continuer à faire ce que nous avons à faire. Les cours à distance, et puis essentiellement écrire des articles, en corriger. Les 45 jours [potentiels de confinement] seront longs, mais l'enjeu est trop important. C’est nécessaire pour faire prendre conscience aux gens que le Covid-19 n'est pas une grippette qui ne tue que papy et mamie (sic), et laisse tous les autres s'en sortir. Le professeur Philippe Sansonetti, titulaire de la chaire Microbiologie et maladies infectieuses au Collège de France, a donné une conférence intitulée « Covid-19 ou la chronique d’une émergence annoncée » le 16 mars. La salle était déserte mais la conférence était retransmise en direct sur le site internet du Collège – elle est toujours disponible. Son propos est intelligent et intéressant, le ton n'est pas anxiogène - très didactique et pédagogique. »

Victoria Milhomme